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MÉTHODE

 Cette fiche présente les principaux outils à maîtriser pour analyser un texte narratif – roman, nouvelle, conte… Attention : dans le commentaire d’un extrait de récit, il ne suffit pas d’identifier tel ou tel procédé, il faut évidemment justifier, et surtout analyser l’effet produit par son emploi.

 

  LA STRUCTURE DU RÉCIT

 Un outil utile pour analyser la construction d’un récit est le « schéma narratif », constitué de 5 étapes :

  • La SITUATION INITIALE est stable. Elle donne des informations sur le cadre, les personnages.
  • L’ÉLÉMENT PERTURBATEUR (ou déclencheur) vient remettre en cause l’état initial et démarrer l’action. On observe souvent un passage de l’imparfait au passé simple.
  • Les PÉRIPÉTIES sont les aventures, plus ou moins nombreuses, vécues par les personnages.
  • Le DÉNOUEMENT permet la résolution de l’intrigue.
  • La SITUATION FINALE marque le retour à une situation stable censée être différente de la situation initiale.

Ce schéma a été conçu pour décrire la structure du conte merveilleux, mais il se retrouve dans la plupart des récits, y compris les romans longs – même s’il est bien sûr plus complexe dans ce cas. L’intéressant est souvent d’observer comment les écrivains « jouent » avec ce schéma narratif et l’effet produit par les déséquilibres qu’ils instaurent (suppression ou au contraire développement très long de telle ou telle étape, bouleversement de l’ordre des étapes…).

 

LE RYTHME DU RÉCIT

*Le rythme du récit concerne le rapport entre la durée des événements vécus par les personnages et le temps ou le nombre de pages utilisés pour les raconter :

  • La SCÈNE donne l’illusion de suivre les événements en temps réel, comme si la durée de la narration coïncidait avec la durée de la fiction.
  • Le SOMMAIRE résume en peu de lignes ou de pages une assez longue durée de l’histoire, donnant ainsi une impression d’accélération du récit.
  • Le RALENTI consiste à développer longuement un événement qui a duré peu de temps.
  • La PAUSE suspend la progression de l’action pour insérer une description, un portrait, un commentaire ou une explication du narrateur.
  • L’ELLIPSE consiste à passer sous silence un moment de l’histoire, ce qui accélère le récit.

*Le narrateur peut aussi jouer sur l’ordre du récit : 

  • L’ANALEPSE est un retour en arrière (flash-back).
  • La PROLEPSE au contraire anticipe sur la suite.

*Enfin il peut arriver que dans un roman, un récit secondaire, parfois pris en charge par un nouveau narrateur, vienne s’insérer dans le récit principal (un personnage qui se met à raconter une anecdote de son passé par exemple). Dans ce cas, on parle d’enchâssement et donc de récit(s) enchâssé(s), l’intrigue principale étant qualifiée de récit-cadre.

 

LE NARRATEUR ET LA QUESTION DU POINT DE VUE

*Un récit peut être écrit à la 3e personne par un narrateur EXTÉRIEUR ou à la 1re personne par un narrateur PERSONNAGE

*Le point de vue (ou focalisation) désigne la position du narrateur par rapport à ce qu’il raconte ou décrit : 

  • Quand le narrateur a une perception illimitée, qu’il sait tout sur tous les personnages (leur passé voire leur avenir, leurs pensées…), on parle de point de vue OMNISCIENT > le narrateur en sait plus que le personnage.
  • Quand tout est vu de l’intérieur d’un personnage de façon subjective, et qu’on connaît ses perceptions, ses sentiments et ses pensées, on parle de point de vue INTERNE > le narrateur en sait autant que le personnage.
  • Quand tout est vu de l’extérieur de façon objective, et qu’on n’a pas accès aux sentiments ou aux intentions des personnages, on parle de point de vue EXTERNE > le narrateur en sait moins que le personnage.

*NB : Dans la plupart des romans, c’est le point de vue omniscient qui domine, mais les points de vue peuvent varier suivant les passages.

 

Exemples littéraires

(a) En 1809, Mme Descoings, qui ne disait point son âge, avait soixante-cinq ans. Nommée dans son temps la belle épicière, elle était une de ces femmes si rares que le temps respecte, et devait à une excellente constitution le privilège de garder une beauté qui néanmoins ne soutenait pas un examen sérieux. (Balzac, La Rabouilleuse, 1842) > point de vue omniscient.

(b) Une jeune dame vient de sortir de sa petite et coquette maison dont la porte est sur la Croisette. Elle s’arrête un instant à regarder les promeneurs, sourit et gagne, dans une allure accablée, un banc vide en face de la mer. (Maupassant, Première neige, 1883) > point de vue externe.

 

(c) Le matin du 16 avril, le docteur Bernard Rieux sortit de son cabinet et buta sur un rat mort, au milieu du palier. Sur le moment, il écarta la bête et descendit l’escalier. Mais, arrivé dans la rue, la pensée lui vint que ce rat n’était pas à sa place et il retourna sur ses pas pour avertir le concierge. (Camus, La Peste, 1947) > point de vue interne.

LES DISCOURS RAPPORTÉS

*Ce sont les différentes manières de rapporter les paroles ou les pensées des personnages dans un récit :

  • Le discours DIRECT restitue fidèlement les paroles/pensées, introduites par des guillemets ou des tirets. Paul rentra et se précipita sur ses parents. Enthousiaste, il s’exclama : « J’ai fait une rencontre extraordinaire ! Vous n’allez pas en croire vos oreilles ! ».
  • Le discours INDIRECT reprend les paroles/pensées dans une proposition subordonnée introduite par un verbe de parole ou de pensée. Certaines modifications sont faites (pronoms personnels, concordance des temps, suppression de la ponctuation expressive). Paul rentra et se précipita sur ses parents. Enthousiaste, il s’exclama qu’il avait fait une rencontre extraordinaire et que ses parents n’allaient pas en croire leurs oreilles.
  • Le discours INDIRECT LIBRE mêle les deux précédents. Les paroles/pensées sont transcrites sans guillemets et modifiées comme au discours indirect (pronoms personnels, concordance des temps, absence de guillemets) mais elles ne sont pas dans une subordonnée et conservent comme
    au discours direct une ponctuation expressive voire un style oral. Paul rentra et se précipita sur ses parents. Il était enthousiaste. Quelle rencontre extraordinaire il avait faite ! Ses parents n’allaient pas en croire leurs oreilles !
  • Le discours NARRATIVISÉ résume les paroles/pensées d’un personnage, qui ne sont pas reprises précisément. Paul rentra et se précipita sur ses parents. Il était enthousiaste. Ils bavardèrent de l’extraordinaire rencontre qu’il avait faite.

Exemples dans un texte littéraire

Il s’assit sur le bord du lit, en reprenant de son air bonhomme :
– Laissez donc ! Je suis très bien là… Continuez ce que vous faisiez, je ne veux pas vous déranger… C’est par le train de huit heures que vous partez ?
– Oui, par le train de huit heures, dit M. Charbonnel. Ça nous fait encore six heures à passer dans ce Paris… Ah ! nous nous en souviendrons longtemps, monsieur Rougon.
Et lui qui parlait peu d’ordinaire, lâcha des choses terribles, alla jusqu’à montrer le poing à la fenêtre, en disant qu’il fallait venir dans une ville pareille, pour ne pas voir clair chez soi, à deux heures de l’après-midi. Ce jour sale tombant du puits étroit de la cour, c’était Paris. Mais, Dieu merci ! il allait retrouver le soleil, dans son jardin de Plassans.

(Émile Zola, Son Excellence Eugène Rougon, 1876)

> En jaune le discours direct, en marron le discours narrativisé, en orange le discours indirect, en rose le discours indirect libre.

COMPLÉMENTS

Pour des explications plus détaillées, voir en priorité votre manuel de français, qui propose très certainement des exercices, au moins sur les points de vue et les discours rapportés.

Vous trouverez également de nombreux cours en ligne, parfois sous forme de vidéos, avec des explications et exemples éclairants. Voir par exemple cette fiche sur la focalisation sur le blog « Le prof de l’être », cette fiche sur les discours rapportés du site « Études littéraires », ou cette fiche sur le rythme du récit proposée par le manuel « Le Livre scolaire ».